WHOIS d’un nom de domaine : ce que la requête révèle vraiment

Le whois d'un nom de domaine interroge la base du registre ou du bureau d'enregistrement et renvoie qui a réservé le nom, quand, jusqu'à quand, et vers quels serveurs DNS il pointe. Depuis mai 2018 et le RGPD, les coordonnées du titulaire sont masquées dans la plupart des cas, mais les dates, les statuts et le registrar restent publics.

À quoi répond le whois d’un nom de domaine

Une requête whois interroge la base d'enregistrement d'un nom de domaine, pas la machine qui héberge le site. Elle vous rend le bureau d'enregistrement, la date de création, la date d'expiration telle que le registre la connaît, les serveurs de noms déclarés, les verrous de transfert, et selon l'extension et la nature du titulaire, tout ou partie de ses coordonnées.

Le contenu du site n'y figure jamais.

Le protocole date de 1985 sous le nom NICNAME (RFC 954) et n'a été spécifié proprement qu'en 2004, par la RFC 3912, qui tient en quatre pages. Il ouvre une connexion TCP sur le port 43, envoie une ligne de texte, lit la réponse, ferme. Aucun chiffrement, aucune authentification, aucun format imposé : la RFC 3912 reconnaît elle-même dans ses considérations de sécurité qu'elle n'offre ni contrôle d'accès, ni intégrité, ni confidentialité. D'où le vrai piège pratique : deux registres répondent différemment à la même question. Verisign écrit `Registry Expiry Date:` pour un .com, l'AFNIC répond dans un format hérité des bases RIPE avec des champs en minuscules du type `domain:`, `registrar:`, `created:`. Un script de parsing écrit pour l'un ne trouve rien chez l'autre.

Lancer la requête : ligne de commande, RDAP ou formulaire

Le client en ligne de commande reste le plus rapide. Sur Debian ou Ubuntu, il faut installer le paquet `whois` ; macOS le fournit d'origine.

RDAP est le successeur officiel, spécifié par les RFC 7480 à 7484, puis mis à jour par les RFC 9082 et 9083. Il parle HTTPS, répond en JSON, gère l'authentification et les redirections, et vous évite d'écrire une expression régulière par registre. Depuis le 28 janvier 2025, les registres et bureaux d'enregistrement de gTLD ne sont plus tenus par leur contrat ICANN de maintenir l'ancien service sur le port 43. Beaucoup le laissent tourner, certains l'ont déjà coupé.

Si votre supervision dépend encore du port 43, prévoyez la bascule.

  • `whois exemple.com` : le client suit tout seul le renvoi vers le whois du bureau d'enregistrement, parce que .com et .net sont des registres dits thin qui ne stockent pas les contacts.
  • `whois -h whois.nic.fr exemple.fr` : force le serveur de l'AFNIC quand le client se trompe de cible.
  • `curl -s https://rdap.org/domain/exemple.com | jq '.events'` : la même information en JSON, sur HTTPS, sans parsing fragile.
  • `https://data.iana.org/rdap/dns.json` : le fichier de bootstrap de l'IANA, qui liste le serveur RDAP officiel de chaque extension.
  • `whois -h whois.iana.org fr` : pour retrouver le registre et le serveur whois d'une extension que vous ne connaissez pas.

Lire la fiche : dates, statuts EPP, serveurs de noms

Trois blocs comptent vraiment : les dates (création, dernière modification, expiration au registre), les serveurs de noms, et la ligne de statut. C'est cette dernière qu'on lit le plus souvent de travers. Ce ne sont pas des commentaires, ce sont des codes EPP normalisés qui décrivent l'état réel du domaine chez le registre.

Le scénario de panne le plus courant ressemble à ceci : le site ne répond plus, `dig exemple.com` ne renvoie aucun enregistrement A alors que le domaine n'a pas expiré, et le whois affiche `serverHold`. Ce n'est ni un problème d'hébergement ni une erreur de zone. Le registre a retiré le nom de la publication, en général parce que le bureau d'enregistrement l'a suspendu : adresse e-mail du titulaire jamais validée dans les 15 jours imposés par l'ICANN, facture impayée, ou signalement d'abus. Aucune modification DNS ne réparera ça, il faut passer par le registrar.

Regardez le statut avant de toucher à la zone.

Statut EPPCe qu'il signifieDurée
okAucun verrou, transfert et modification possiblesIndéfinie
clientTransferProhibitedVerrou posé par le bureau d'enregistrement contre le transfert sortantTant que vous ne le levez pas
clientHold ou serverHoldLe domaine est retiré de la zone DNS, plus aucune résolutionJusqu'à la levée
autoRenewPeriodExpiré mais renouvelé d'office, le renouvellement peut encore être annuléJusqu'à 45 jours (gTLD)
redemptionPeriodSupprimé mais restaurable, contre un tarif de rachat élevé30 jours (gTLD)
pendingDeletePlus aucune action possible, le nom va retomber en circulation5 jours (gTLD)

Ce que le RGPD a retiré de la fiche

Avant le 25 mai 2018, le whois d'un .com affichait nom, adresse postale, téléphone et e-mail du titulaire, en clair, pour n'importe qui. La spécification temporaire adoptée par l'ICANN cette année-là a imposé le masquage des données personnelles : vous lisez désormais `REDACTED FOR PRIVACY` sur la plupart des champs de contact, et à la place de l'adresse réelle, un e-mail de relais anonymisé ou un formulaire web. Le seul contact resté obligatoire et lisible est le `Registrar Abuse Contact Email`, celui par lequel on signale un abus.

En .fr, le masquage est plus ancien que le RGPD.

L'AFNIC applique l'article L45-5 du code des postes et des communications électroniques : les données d'un titulaire personne physique ne sont pas diffusées, celles d'une personne morale le sont. Le whois d'un .fr d'entreprise vous donne donc la raison sociale, souvent le SIREN et l'adresse du siège ; celui d'un .fr détenu par un particulier ne vous donne rien d'exploitable. Une procédure de levée d'anonymat existe auprès de l'AFNIC, réservée aux demandes motivées (contrefaçon, atteinte aux droits), pas à la curiosité.

Whois de domaine, whois d’IP, dig : trois questions différentes

Le même binaire `whois` répond à deux questions sans rapport selon ce que vous lui donnez à manger. Un nom de domaine part vers le registre de l'extension. Une adresse IP part vers un registre régional, le RIPE NCC pour l'Europe, l'ARIN pour l'Amérique du Nord, et vous renvoie un objet `inetnum` avec le bloc alloué et l'organisation responsable, jamais un bureau d'enregistrement.

Un domaine peut afficher un whois impeccable et n'avoir aucun enregistrement DNS. L'inverse se voit aussi, le temps qu'une suppression se propage.

Ce que vous cherchezOutilBase interrogée
Qui a réservé ce nom, et jusqu'à quandwhois ou RDAP sur le domaineRegistre de l'extension ou bureau d'enregistrement
Vers quelle IP pointe ce nom aujourd'huidig, nslookupServeurs DNS faisant autorité
À quelle organisation est allouée cette IPwhois sur l'adresse IPRIR : RIPE NCC, ARIN, APNIC, LACNIC, AFRINIC
Quel opérateur annonce ce préfixewhois sur l'IP, puis recherche de l'ASBase du RIR, objet route et numéro d'AS

Questions fréquentes

Le whois permet-il de connaître le propriétaire d’un .fr ?

Seulement s'il s'agit d'une personne morale. L'AFNIC diffuse les données des entreprises et associations (raison sociale, adresse, souvent le SIREN), mais pas celles d'un titulaire particulier, en application de l'article L45-5 du code des postes et des communications électroniques. Pour un domaine détenu par un particulier, il faut passer par la procédure de levée d'anonymat de l'AFNIC, avec une demande motivée.

Pourquoi la fiche affiche-t-elle REDACTED FOR PRIVACY ?

Parce que le registre ou le registrar applique les règles ICANN issues du RGPD, en vigueur depuis mai 2018. Les champs de contact sont remplacés par cette mention et l'e-mail par un relais anonymisé ou un formulaire. Le `Registrar Abuse Contact Email` reste publié : c'est le point d'entrée pour un signalement.

Le whois reflète-t-il l’état du domaine en temps réel ?

Du côté du registre, oui à peu près : les changements passent par EPP et se voient presque immédiatement. Le whois d'un bureau d'enregistrement peut avoir plusieurs heures de retard, et les formulaires web publics mettent souvent leurs réponses en cache pour tenir la charge. En cas de doute lors d'un transfert, interrogez le registre, pas un site tiers.

Comment savoir quand un domaine expiré sera réellement libre ?

La date d'expiration ne suffit pas. Pour un gTLD, comptez jusqu'à 45 jours de renouvellement automatique, puis 30 jours de `redemptionPeriod`, puis 5 jours de `pendingDelete` avant la remise en circulation. Suivez le champ de statut jour après jour plutôt que la date : c'est lui qui dit où en est le nom. Les délais varient selon les extensions, notamment en .fr où l'AFNIC applique son propre calendrier.

Peut-on masquer un whois déjà public ?

Sur les gTLD, la plupart des registrars vendent un service de protection de la vie privée qui substitue leurs coordonnées aux vôtres. Cela ne change rien pour un .fr détenu par un particulier, déjà masqué par défaut. Et cela ne vous rend pas anonyme : le registrar connaît le titulaire réel et doit répondre aux réquisitions.

Testez vos connaissances

Quiz rapide Question 1 sur 3

Sur quel port TCP répond le service whois historique ?

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